Maman à Lyon - Activités enfant ados
7 Septembre 2022
Jeune artiste autodidacte, nourri de cultures classique et populaire, Ynot s’exprime depuis plus de 10 ans sur la scène graffiti de Lyon et des environs, mais également dans les festivals en France et à l’international.
Graffeur infatigable et passionné, très à l’aise dans le travail en équipe, il enchaîne avec rapidité expositions, murs sur commande et palissades de chantier, sur lesquelles il affirme son style facilement reconnaissable : du pop hyper coloré et dynamique.
Ses œuvres d’envergure, principalement au spray, associant expressions faciles à mémoriser, regards féminins envoûtants et formes abstraites, accrochent l’œil des passants pour, peut-être, égayer leur quotidien et changer leur regard sur l’art urbain.
C’est avec générosité qu’il offre à tous son art en format XXL, sur des palissades qui crient en silence « Regardez-moi » et suscitent des regards d’émoi. Son occupation de l’espace public sonne comme une invitation à la liberté créatrice et à la tolérance.
Rencontre avec ce graffeur qui marque la scène artistique lyonnaise de son empreinte (revoir le Lyon city guide art urbain).
Y?not -ou Ynot- est un jeune artiste autodidacte, né en 1991 et originaire de la région de Bourg-en-Bresse dans l’Ain. Tombé dans le graffiti au début de l’adolescence, il n’a depuis jamais lâché ses bombes, qui sont son medium de prédilection. Graffeur infatigable qui vit sa passion à 200%, il occupe la scène de l’art urbain depuis plus de 10 ans.
Son blaze, si bien trouvé, n’est autre que son prénom en Verlan ! Mais, Ynot prononcé à l’anglaise « Why not ? » ouvre le champ des possibles et effectivement, il ne se prive pas de les explorer. En effet, ce « Pourquoi pas ? » correspond parfaitement à l’état d’esprit de l’artiste, toujours partant pour de nouvelles expériences.
Ynot grandit dans une famille où il n’y a pas de culture artistique mais se passionne très tôt pour le dessin, à tel point que ses carnets et les marges des cahiers de classe deviennent vite insuffisants. Il veut voir plus grand !
Toujours en quête de nouvelles explorations artistiques, son regard est attiré par les graffs du skate park où il passe de nombreuses heures à pratiquer le roller. Captivé par leur grand format, il bascule naturellement du crayon aux lignes sur les murs. Il débute avec des graffitis et des portraits au pochoir et essaie différentes techniques avant de trouver sa propre façon d’occuper l’espace public. Il construit son identité artistique actuelle depuis une dizaine d’années.
Depuis sa première collaboration pour un laser-game à Bourg-en-Bresse en 2014, ce sont sans doute des milliers de bombes lui sont passées entre les mains, pour graffer, seul ou en équipe, et répondre à des commandes, réaliser des live-paintings, participer à des expositions et des festivals à l’international (Suisse, Italie, Espagne, Pays-Bas, Kosovo, Togo) et, bien entendu, dans plusieurs villes en France. Son goût affirmé pour les voyages et les rencontres font de ces expériences de nouvelles sources d’inspiration.
Il est installé à Lyon depuis 2019, année où il se fait remarquer à l’exposition du Zoo Art Show 2, avec une cage d’escaliers peinte sur trois étages. Depuis lors, il expose plus d’une dizaine de fois par an (expositions solo et collectives, ventes aux enchères et live-paintings).
Virtuose de la bombe, habitué à travailler dans l’urgence et avec la spontanéité propre au graffiti peint dans l’espace public sans autorisation, Ynot impressionne par la rapidité et la précision de son geste sur de grandes surfaces.
Il réalise des fresques colorées, dans la lignée pop, avec une touche de glamour. Ses compositions en patchwork mêlant des aspects figuratifs, souvent des visages féminins, et des formes graphiques, parsemées de lettrages, caractérisent son style propre facilement reconnaissable.
Les différentes strates font appel à un souvenir, une situation ou encore une émotion, tout en laissant le champ libre à l’interprétation par les spectateurs selon leurs vécus, leurs états d’âme du moment. Dans ses œuvres, Ynot aime raconter des histoires sur un ton à la fois populaire et iconoclaste.
Si ses compositions à la bombe très colorées et bien visibles dans la ville représentent le mieux le style de l’artiste auprès du public, il travaille avec d’autres mediums et techniques qu’il présente dans ses expositions : des dessins et sérigraphies en noir et blanc, des compositions abstraites et le travail en volume sur différents supports.
Graffiti writer : Le lettrage comme fil conducteur
Le travail des lettrages, classique du graffiti, prend une ampleur particulière sous la main de Ynot, qui maitrise les compositions de couleurs et de formes de typographies et les travaille en imbrication.
En parallèle de ses immenses fresques à la bombe très colorées, l’artiste travaille des dessins en noir et blanc au feutre.
Le point commun de ces œuvres est que la typographie y occupe une place prépondérante, souvent aux côtés de sujets figuratifs. Dans ses graffs comme dans ses dessins, il travaille sur de petites expressions fédératrices, qui lui sont inspirées par ses rencontres, sa musique et ses émotions du moment.
S’il réalise quantité de murs légaux dans le cadre de festivals ou de commandes, Ynot ne résiste pas longtemps à l’appel de la rue. Sa passion : les palissades de chantier qu’il aime marquer de son empreinte. Aimant les défis et n’ayant pas froid aux yeux, Il apprécie particulièrement de transformer ces surfaces vierges, présentes temporairement dans l’espace public, en œuvres où le message fédérateur et l’esthétisme sont prépondérants.
Sa rapidité d’exécution lui permet de réaliser des compositions soignées, bien que peintes de nuit, avec peu de couleurs à sa disposition. Ses palissades mettent souvent en scène des visages féminins aux regards envoûtants et aux chevelures dans le vent, affichant une touche d'élégance « pop glamour » qui caractérise si bien son style.
Ses oeuvres captivent par la force d'attraction et la diversité des émotions qu'il réussit à mettre dans le regard, qu'il utilise généralement comme axe majeur. Il associe ses visages féminins au côté plus brut et graphique du graffiti et la forme du Z revient régulièrement en incrustation de ses compositions, comme une signature.
C’est avec générosité qu’il offre aux passants son art en format XXL, sur des palissades qui crient en silence « Regardez-moi » et suscitent des regards d’émoi.
Street artiste avec « option écrivain public », il distille ses bons mots, faciles à retenir, dans les endroits stratégiques de la ville, souvent sur les parcours les plus empruntés des lignes de transport en commun. Ses peintures en grand format captent l’attention et suscitent des émotions chez les passants, en rompant la routine de leur trajet.
C’est un artiste populaire, dont les Lyonnais apprécient au quotidien les immenses palissades avec des messages fédérateurs comme « Yapasoucis », « On est ensemble » ou plus torturés comme « En chute libre », « Droit dans le mur », « Déchiré comme ce monde ». Même lorsque ses messages sont plus sombres, ses œuvres de rue gardent un impact positif : elles ne sont jamais choquantes ou dérangeantes, mais assez consensuelles et parlent à toutes les générations.
Ses créations colorées et élégantes interpellent les citadins, égaient les chantiers austères, contribuant à faire évoluer le regard porté à l’art urbain.
Artiste prolifique, Ynot multiplie les collaborations avec les graffeurs de son crew, la GEK Team -pour Garde Espoir Kouzin-, les artistes de la Casa Mamy -Shab, Kesadi, Chufy et Quetzilla- et tous ceux -très nombreux- qui croisent sa route.
Ces murs partagés sont autant d’occasions d’observer la capacité de Ynot à intégrer ses lettrages et ses éléments graphiques dans l’univers des autres graffeurs pour produire des œuvres communes cohérentes, même quand elles sont réalisées en « total freestyle ».
Ces multiples collaborations lui permettent de se confronter à toute la diversité du milieu de l’art urbain. Il apprécie d’autant plus l’expérience quand le mélange de styles très différents est réussi, chaque artiste apportant sa propre “sonorité” à une partition commune.
Ainsi, en 2020, il invite sa « bande de potes », Heta, Monsieur S, Chufy, Kesadi, Maps, Kowse et Braga, à partager quasiment un étage entier de l’expo du Zoo XXL à Lyon, où ils réalisent ensemble une impressionnante et très remarquée mise en scène en volume, dans l’esprit d’un atelier d’artiste.
Inspiré par le travail de son ami Inert, Ynot teste des productions abstraites en utilisant de nouveaux outils, en plus des bombes de spray qu’il maîtrise si bien : éponges, couteaux, feutres, pinceaux secs, squeezers… Il apprécie cette manière spontanée de peindre où il peut libérer son énergie et impulser du mouvement.
Ce travail d’étude, qui lui permet de tester les dynamiques et les associations de couleurs, lui sert ensuite d’inspiration pour de nouveaux murs, même si les techniques employées ne sont pas directement transposables sur un support vertical.
Aucun support ne semble résister à ce graffeur passionné, toujours partant pour de nouvelles expériences. Il a à son actif bien plus que des carnets de dessins, des murs et des palissades peintes. Bateau, voitures, camionnette, trains, réfrigérateur, meubles, table basse, poubelles, cages d’escaliers, skate boards… et même lion gonflable ! Toutes les surfaces à sa disposition sont un moyen d’expression : le support importe peu tant qu’il permet d’assouvir l’envie de peindre !
Dans ses publications instagram, l’artiste ajoute souvent l’hashtag #Enzed. C’est un état d’esprit durant lequel il expérimente différents supports, techniques et directions.
C’est aussi le titre donné à son exposition bâtie à 4 mains avec son ami Polo, menuisier aguerri, dont le savoir-faire a permis de mettre en volume l’univers de Ynot. Pour réaliser ces créations aux couleurs vives où l’impression de mouvement est très présente, les deux amis se sont inspirés de citations, auxquelles ils ont ajouté formes abstraites et illustrations.
Après avoir occupé de 2016 à 2019 deux ateliers à Bourg-en-Bresse, en arrivant à Lyon, Ynot installe son atelier dans une usine désaffectée, grâce à la complaisance du gardien Claude. C’est un lieu de vie et de rencontres qu’il connaît déjà bien puisqu’il passait déjà y graffer régulièrement depuis 2016.
Cet environnement est un lieu de travail inespéré pour l’artiste, offrant le cocon d’un atelier pour les dessins et la réalisation des œuvres en petit format, tandis que les murs de l’usine se révèlent un formidable terrain de jeu pour graffer ou essayer d’autres techniques comme le portrait XXL au pinceau.
Dans son atelier, Ynot prépare les oeuvres de ses expositions et commandes privées, il y travaille les petits formats à la bombe, souvent à l’aide de pochoirs et teste différents supports : toiles, bois…
Tandis que les murs de l’usine lui permettent d’expérimenter de nouvelles formes et des associations de couleurs inédites, seul ou en équipe. Car cette friche est surtout un formidable creuset créatif : un lieu de synergie où plusieurs artistes ont plaisir à se retrouver régulièrement pour confronter leur style et créer ensemble.
Contrairement aux palissades, peintes de nuit dans l’urgence, ces murs privés offrent le loisir de graffer sans précipitation, avec une large palette de couleurs sous la main. Et à la différence des murs tolérés sur les terrains de sport ou même ceux des friches, ils permettent de peindre avec une certaine intimité, puis de conserver son œuvre intacte autant de temps que souhaité… avant que l’urgence de faire un autre mur ne nécessite de le recouvrir.
Raconte-nous comment tu es arrivé à tes premiers « mur-murs » artistiques.
Quand j’étais enfant, je dessinais beaucoup, j’aimais recopier les illustrations des BD Kid Paddle (je ne les lisais pas mais j’aimais bien les dessins !). Ensuite, quand je me suis mis au roller, j’ai passé pas mal de temps au skate park et là, il y avait toujours des graffs. J’en voyais aussi dans la rue, à Bourg-en-Bresse, ça m’intriguait et ça m’a donné envie de m’y mettre.
Mes premières bombes, je les ai reçues en cadeau d’anniversaire de la part de mes potes et ça a été le début. J’avais 14 ans et pendant 3-4 ans, je faisais juste du tag, souvent au marqueur, je mettais le nom de notre bande de potes dans les rues. Ensuite, j’ai fait moins de roller et la peinture a pris plus de place dans ma vie. C’est naturellement au skate park que j’ai fait mon premier vrai graff à la bombe avec un contour et du remplissage. A la base, tous les aspects qui gravitent autour du dessin et de la peinture m’attirent. J’ai essayé différentes techniques : les pochoirs, le collage, les lettrages, les portraits… Ce qui me faisait rêver, c’est d’occuper l’espace avec de grands formats.
Petit à petit, je me suis mis à développer des techniques pour faire du grand format de manière économique parce que quand tu es jeune, peindre de grandes surfaces à la bombe, ça coûte beaucoup trop cher. J‘utilisais l’acrylique pour le remplissage et les bombes pour les pourtours et quelques effets seulement.
Te rappelles-tu le premier graff dont tu étais vraiment fier ?
C’était surtout le portrait qui m’attirait, j’ai pas mal travaillé dessus, toujours en autodidacte. A la première jam de Bourg-en-Bresse en 2017, j’ai fait un grand portrait en 5 x 5m de Roger, qui était souvent au skate park. Après cela, les gens le reconnaissaient dans la rue, lui disaient « C’est vous le portrait graffé là-bas ? » ça l’a mis en lumière et c’était vraiment bien de pouvoir lui faire plaisir.
Comment procèdes-tu de l’idée à la réalisation ? Est-ce que tu dessines sur papier avant de graffer une idée ?
Je ne fais pas tout le temps de dessin préparatoire mais j’essaie de plus en plus de faire au moins un petit croquis sur papier. Je ne fais pas de vrai dessin abouti, je griffonne juste un peu. C’est bien d’avoir une ligne directrice avant d’attaquer le mur, de savoir où je vais, parce qu’en freestyle, il y a toujours des surprises auxquelles on ne s’attend pas, avec le risque d’avoir un résultat dont je ne suis pas super satisfait. Mais peindre en freestyle reste un plaisir et cela permet de débloquer d’autres effets, techniques.
Pour les portraits, au début, je les travaillais à partir de photos trouvées sur le net, parce que je les aimais bien ou qu’elles avaient une jolie lumière mais maintenant, je préfère faire des peintures de mes amis et connaissances ou même d’inconnus suivant les rencontres spontanées.
On te voit souvent partager un mur avec d’autres artistes. Comment conçois-tu le travail en collaboration ?
J’aime graffer à plusieurs, cela donne une bonne énergie, c’est motivant et enrichissant. Je préfère quand on partage la même peinture, plutôt que quand on peint à plusieurs, côte à côte, sur un même mur, mais chacun dans son truc.
Quand on partage la même peinture, il y a un échange, ça fait émerger de nouvelles idées. Il y a toujours la surprise du résultat, vu qu’on part en total freestyle. Ce que j’aime dans ces collaborations, c’est le mélange des styles, qui est super intéressant. Plus les styles sont différents et contrastés, plus c’est satisfaisant quand on arrive à bien les mixer, comme dans notre collaboration avec Chufy.
Comment es-tu devenu graffeur professionnel ? As-tu exercé d’autres métiers avant ?
Après le bac, j’ai fait quelques années de boulot en interim, en tant que plâtrier-peintre et dans les travaux publics. J’ai commencé à graffer sérieusement et j’ai eu mon premier boulot rémunéré en tant que graffeur en 2014 pour le laser game de Bourg-en-Bresse, et à partir de là, je me suis lancé à mon compte. Cela fait une dizaine d’années que je graffe « à temps plein », c’est-à-dire le jour et parfois la nuit !
Que t’apporte le graff des palissades ?
J’aime cet espace où je peux faire ce que je veux. Dans les commandes, il y a toujours une ou deux contraintes, là, je suis entièrement libre. Cela me permet d’être visible et présent dans la rue, de manière semi-autorisée en quelque sorte. Aujourd’hui, graffer sur les palissades, c’est presque comme graffer en terrain : même quand on se fait arrêter par la police, c’est sans suite, on doit partir ou on a juste un contrôle d’identité. Evidemment, ça dépend de ce que tu fais sur la palissade, j’essaie de toujours commencer par un regard, un visage. A leurs yeux, ça passe mieux, mais moi j’aime autant voir un tag qu’un personnage. Un tag fait en 4 secondes peut être aussi technique qu’un portrait fait en 4 jours.
Ce que j’aime aussi avec les palissades, c’est qu’on a parfois des surprises, les ouvriers mélangent les planches et ça donne un résultat étonnant, inspirant même parfois. Une fois qu’on a mis sa peinture dans la rue, elle ne nous appartient plus.
Quel message cherches-tu à transmettre dans tes œuvres ?
Vu que le monde cherche à nous diviser, j’écris souvent « On est ensemble » sur les palissades parce qu’on est trop individualiste, j’aime l’idée de rassembler les gens. C’est une expression que tout le monde, jeunes et vieux, utilisaient au Togo, avec aussi l’expression Yapasoucis, et j’ai aimé le message qu’elles transmettaient. J’aime voyager, rencontrer les gens, et c’est ça qui me nourrit. Quand j’entends une expression qui me plaît, une phrase dans une chanson ou quand j’en trouve moi-même, je les garde pour mes dessins et mes murs.
Tu as peint à Indafriche et dans plusieurs friches. Est-ce que ces lieux t’inspirent différemment de la rue ?
Dans les friches, les murs ont du vécu, l’ambiance est inspirante : je préfère travailler sur des murs abîmés, avec des aspérités, jouer avec la végétation, plutôt que peindre sur un mur tout blanc, tout propre. Il faut s’adapter au support et cela met la peinture dans un contexte, cela lui donne un cadre intéressant.
L’autre avantage des friches, c’est qu’on a des grands murs à disposition, dans un espace libre, sans trop de soucis. Alors, on peut prendre son temps, faire une peinture sur plusieurs jours et même revoir ses murs plusieurs années après ! J’ai beaucoup peint dans la friche de Mézériat près de Bourg-en-Bresse et 5-6 ans plus tard, mes murs sont toujours là. C’est cool de revoir ses peintures toutes ces années après !
Quelles différences vois-tu entre ton travail en atelier et en extérieur ?
Le travail d’atelier est fait pour rester, il exige donc plus de préparation et de réflexion, même si je cherche toujours à garder un équilibre entre le spontané et le maîtrisé quand je fais une toile.
Pour le travail à l’extérieur, on sait qu’il est amené à être modifié, à subir les intempéries, à vivre, voire à être repassé, alors on est davantage dans l’instant et l’instinct. On peut plus facilement tester des choses sur un mur, car on sait qu’ii va disparaître alors qu’on prépare la toile pour durer.
L’arbitrage entre le travail en atelier ou dans la rue, c’est selon l’envie du moment, mais c’est aussi une question de moyens. Je préfère peindre sur les murs, faire des grands formats, mais la peinture juste pour le plaisir, c’est un budget ! C’est la limite du matériel qui me freine parfois, mais c’est intéressant aussi de s’adapter à cette contrainte. C’est un mal pour un bien.
Est-ce que tu t’autorises moins de choses dans la rue ?
Il n’y a pas vraiment de différences entre les palissades et mes murs dans les friches ou autres. C’est juste que dans la rue je vais à l’essentiel.
Quel est ton rapport à la couleur ? Tes murs sont généralement très colorés tandis que tes dessins sont en noir et blanc.
Pour moi, c’est important de maîtriser les dessins en noir et blanc. Sur papier Canson, tu n’as pas le droit à l’erreur, il y a une certaine pression pour que le résultat soit parfait. Une fois que le trait au stylo est posé, on ne peut plus revenir en arrière, c’est définitif. C’est différent du mur, où c’est plus facile de masquer, de corriger les défauts avec un coup de bombe.
Les dessins en noir et blanc, ça a un côté qui me plaît et j’y reviens régulièrement pour m’entraîner à gérer les compositions entre la typographie, le portrait et les formes abstraites. C’est intéressant pour trouver le bon équilibre entre les différents éléments. Si tu maîtrises l’équilibre entre le noir et le blanc, l’équilibre entre les couleurs sera plus évident à trouver selon moi ! Ça me permet de développer de nouvelles choses sur les murs ensuite.
Je vais utiliser moins de couleurs différentes maintenant, plutôt travailler en 2 couleurs avec plusieurs nuances pour chaque.
Quels sont les artistes qui t’inspirent ?
J’aime bien l’univers du rappeur Despo Rutti. En peinture, j’ai aimé les oeuvres du peintre Le Caravage, je me suis exercé à en reproduire quelques-unes et son côté controversé m’avait amusé. Et ce qui m’inspire au quotidien, c’est mon entourage. Il y a en particulier le graffeur Inert, les potes de la Casa Mamy et de l’équipe GEK Team avec lesquels j’ai beaucoup peint.
Quels tableaux de peintres voudrais-tu avoir chez toi ?
Sans hésiter, ceux de mes potes graffeurs ! Notamment les grands formats que Chuffy avait exposé à Chromatique.
La musique semble occuper une place importante dans ton cheminement créatif. Tu as aussi peint des décors pour des clips. Peux-tu nous parler de cette facette de ton travail ?
Pour moi, c’est assez naturel de relier la musique avec le graff. A la base, le hip hop, ça regroupait la danse, le rap, le graff. J’aime bien créer des ponts entre ces disciplines et avoir des échanges entre artistes. Effectivement, j’ai réalisé des murs pours des clips, ça se fait assez naturellement quand ce sont des connaissances. Je suis le graffeur de l’équipe Sons of Melody. Avec Inert, on a fait les murs du clip Onomatopée de Sons of Melody feat BBL.
J’ai fait un mur pour un clip d’Emka Loman. On voit la peinture du mur avancer dans son clip Tabasco et il se termine avec un plan où on voit l’artiste à côté de son portrait peint sur le mur.
J’ai aussi fait un mur en collaboration avec Ruane pour le clip de Rocca avec DJ Duke « Depuis le début ». Et j’ai fait un mur pour Furax Barbarossa car j’écoutais beaucoup sa musique.
J’ai également participé à une opération de la ligue contre le cancer, avec un mur pour le clip de MC Jo Hell feat Flubber « Mauvais Sang ». C’est un morceau spécialement conçu au profit de la ligue contre le cancer et on voit tout le processus de création dans le clip.
Peindre pour ces clips, c’est une manière de soutenir les artistes de la musique.
Quel est ton rêve d’artiste ?
Le top serait de pouvoir faire le tour du globe pour peindre et mettre ma touche de partout. Vu que j’aime bien bouger, ça serait une manière de joindre l’utile à l’agréable. J’aime voyager, rencontrer les locaux, découvrir d’autres styles, d’autres influences. Les voyages, ça permet de s’ouvrir à autre chose et ça évite de s’enfermer dans son propre style. Avec les festivals à l’étranger, on rencontre des graffeurs venus de partout, avec lesquels on peut faire des belles collaborations.
Pour finir, est-ce que tu as une anecdote à nous raconter ?
Oui, j’en ai même deux ! [NDLR : c’est Monsieur Plus !]
La première : En janvier 2021, je suis allé au Togo avec Ruane pour peindre une fresque pour un enterrement. Invité par Claude, je fais un 1er mur, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq… et finalement pas assez de temps pour finir. Car tous les habitants voulaient une fresque sur leur maison ! Une fresque en échange de quelques bières, de leur bonne humeur et d’un plat local, c’était un vrai bon moment de partage !
La deuxième : Pendant que j’étais en train de peindre la maison à Nîmes pour le Festival Expo de Ouf, une personne me demande si j’ai les autorisations pour peindre. Je réponds que oui et là, elle me répond que ça l’étonnerait vu que c’est elle la propriétaire ! Mais finalement, ça s’est bien passé.
Toutes mes photos sont épinglées sur Pinterest.
Merci à Ynot pour ces échanges, suivez-le sur son instagram !
Blog d'une maman à Lyon, de 3 enfants devenus grands ! (21, 19 et 15 ans). Nos bons plans de parents : idées de sorties, jeux, activités et voyages en famille nombreuse... En général, j'accumule les pas-de-bol d'où le titre de ce blog... pour conjurer le sort !
Voir le profil de Lucky Sophie sur le portail Overblog