Lucky Sophie

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Une forêt d'arbres creux, la poésie de l'horreur

Cela fait bien des années que je n'avais pas lu un livre aussi court (116 pages).

Mais c'était largement suffisant pour me chambouler, j'en suis ressortie épuisée, glacée.

Heureuse aussi, c'est bien d'avoir un si beau texte pour évoquer les heures sombres de notre histoire, tout en retenue et en poésie.

Une forêt d'arbres creux, la poésie de l'horreur

C'est d'ailleurs dans mon idée tout à fait le genre de livres qu'on pourrait étudier à l'école.

Pour sa prose magnifiquement écrite. J'aime les écrivains qui nous rappellent la richesse du vocabulaire français "Des ormes diffus, à en juger par l'opulence décousue de la ramure."

Pour le devoir de mémoire. On a beau savoir, on ne peut jamais accepter l'horreur du passé.

L'histoire se déroule en 1941 dans une ville-ghetto de République Tchèque. Et même si tout le texte décrit les scènes du quotiden avec une certaine noblesse, loin de la violence atroce qu'on retient de cette époque, il y a des petites phrases d'apparence anodine qui soulèvent le coeur et appellent les larmes.

 

On découvre l'arrivée au ghetto de Bedrich, le personnage principal, avec sa femme Johanna et son fils Tomi, pas encore âgé de un an.

"On sépare les hommes et les femmes. Les enfants restent avec leur mère. Rien à craindre, dit-on, ici à Terezin les familles pourront se rassembler souvent. C'est un bon endroit, Terezin, répète-t-on."

 

Il évoque le froid, la faim, les visages marqués des habitants du ghetto qui les font tous se resembler, les premiers pas de son fils, le malade qui évite à l'infirmerie de peur de faire partie du prochain convoi, le silence, et l'impossibilité de partager avec les autres, y compris sa femme, ses rêves (le retour à la réalité serait trop dur).

Et même la description des meilleurs moments de la vie dans le ghetto sonne comme une horrible privation de liberté.

"Cette fois, tous les quatre ont réussi à se procurer un bon et du coup, ils se retrouvent au café, à côté de Neuegasse. Ils pourront s'y asseoir pendant une heure et demi, c'est la durée autorisée, écouter de la musique de jazz en buvant un sirop à l'eau".

 

Bedrich est dessinateur. Enfin était dessinateur dans un journal. Maintenant il doit suivre les ordres, dessiner les bâtiments qui seront construits. "Les plans du futur crematorium, voilà ce qu'ils ont à faire."

Est-ce l'appel du crayon, un besoin d'évacuer sur le papier, ou une façon de lutter avec les armes qui sont les leurs, les dessinateurs se retrouvent le soir en cachette, pour croquer la vraie vie du ghetto, loin de celle truquée que les hommes en uniforme montrent au reste du monde.

 

Magnifique et poignante lecture.

Je ne résiste pas à une dernière citation qui m'a vraiment marquée.

"Et pour un peu, à les voir ainsi déambuler à l'écart des flux les plus denses, calant leur allure sur celle, dérisoire, de leur fils Tomi, recueillant parfois les mots bienveillants des femmes attendries, on pourrait croire à une famille heureuse et libre, des temps de paix."

 

Je remercie PriceMinister pour cette lecture effectuée dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2015.

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À propos

Lucky Sophie

Parisienne de cœur & lyonnaise d'adoption, maman de 3 enfants (la Miss 12 ans, le p'tit gars 10 ans et P'tit Lucky 5 ans), j'ai envie de partager, dans la bonne humeur, bonheurs, galères et bons plans de parents ! En général, j'accumule les pas-de-bol d'où le titre de ce blog... pour conjurer le sort ! Déjà plus de 3,5 millions de vues !
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Antoinette 26/01/2016 11:54

Ton article me donne terriblement envie de relire ce livre. En plus, j’ai toujours beaucoup aimé les œuvres d’Antoine Choplin. Je te conseille vivement de lire Cour Nord. J’ai adoré ce bouquin.

Lucky Sophie 26/01/2016 12:52

Merci du conseil !

Juliette 26/01/2016 08:48

Bonjour, comme toi j'adore lire mais malheureusement j'en ai de moins en moins le temps.